Le CBD comme le montre le Pr Georges Brousse, spécialiste des addictions au CHU de Clermont-Ferrand


Le professeur Georges Brousse, psychiatre qui dirige le service toxicomanie du CHU de Clermont-Ferrand, se montre “prudent” vis-à-vis du CBD, qui est désormais poussé par “un aspect marketing important”.

Quel est le point de vue de votre toxicomane sur le CBD ?

C’est une question intéressante et complexe. On assiste en effet à une recrudescence des ouvertures de magasins vendant cette substance. Le cannabidiol est l’un des nombreux composés du cannabis. En soi, il aurait peu de conséquences euphoriques ou d’état de conscience perturbé et serait moins nocif car il ne semble pas addictif.

Tout cela doit être considéré avec prudence, mais la situation scientifique semble montrer que le THC est à l’origine d’effets psychotropes et addictifs et que ce cannabidiol aura des vertus qui pourraient être par exemple protectrices de l’épilepsie rebelle chez les enfants.

On pense également qu’il a un effet sédatif chez certains patients. Et un effet sur les patients dépendants du THC pour lesquels le CBD peut être utile pour se sevrer du cannabis.

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Ces avantages ne sont-ils pas prouvés ?

Tu dois faire attention. J’ai siégé au conseil scientifique qui a été le début de la mise en place du test expérimental qui va bientôt se terminer pour le cannabis médical en France. Nous avons rencontré plusieurs patients qui prenaient du cannabis à des fins thérapeutiques parce qu’il était bénéfique pour leur santé.

Mais ce qui est intéressant à noter, c’est que l’activité de la drogue du cannabis semble être liée non seulement au cannabidiol mais à sa relation avec le THC. Mais dans ce cas, il y a un risque addictif.

Donc ça fleurit partout car les gens pensent que c’est le cannabis qui n’aura que des effets bénéfiques, mais en fait très probablement même si on a des effets de sevrage ou des formes d’épilepsie ou des effets sédatifs, d’un point de vue médical, c’est quand même beaucoup moins efficace du THC.

Le cannabidiol n’est peut-être pas très dangereux, mais il peut aussi ne pas être vraiment efficace

Il existe donc une mode, une alternative à la consommation de cannabis. Cela fonctionne bien chez les patients à faible consommation de cannabis, cela ne fonctionne pas bien chez les gros consommateurs qui sont obligés de prendre de grandes quantités de CBD. D’autant qu’on commence, quand les gens prennent des doses importantes, à avoir des effets qu’on croyait inexistants, y compris des effets psychotropes. On se rend compte que le CBD, à fortes doses, peut provoquer de l’anxiété.

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Y a-t-il des quantités à ne pas dépasser ?

La quantité est variable selon les individus. Et puis, l’important c’est qu’on ne sache pas ce qu’ils nous vendent. On nous dit qu’il y a tellement de cannabidiol et moins de 0,2% de THC, mais c’est quand même assez louche. C’est pourquoi d’un point de vue médical, on ne peut pas dire grand-chose. Car ce qui s’achète sur les comptoirs n’obéit pas aux règles de construction que l’on aurait pour un médicament.

Quand les patients me disent qu’ils en prennent pour couper du cannabis, je leur dis que c’est probablement bien d’essayer le CBD, mais il faut quand même faire attention. Comme pour l’évaporation, nous recommandons une réduction des risques. Il semble moins dangereux de passer par le CBD que de continuer à prendre du cannabis, mais on ne peut pas aller plus loin.

Existe-t-il des moyens de l’éviter ?

La fumée est toujours plus dangereuse. Il devrait être possible de l’installer, ce qui semble être moins dangereux.

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Doit-on avoir peur d’une escalade du CBD au THC ?

Le commerce du CBD peut-il participer à un commerce trivial ? Il y a peut-être un effet d’appel. On en avait peur en vaporisant, mais cela reste marginal par rapport aux manières classiques de consommer du cannabis aujourd’hui. Aujourd’hui, près d’un jeune de 17 ans sur deux a consommé du cannabis.

La vraie question reste autour du cannabis. Nous avons souvent parlé de la théorie de l’escalade, mais nous n’avons jamais prouvé qu’elle existe. Car consommer une substance ne conduit pas forcément à consommer une autre substance plus grave. C’est beaucoup plus compliqué que ça.

Je ne pense pas qu’il y ait de risque de passer du cannabidiol à la consommation de cannabis. La consommation de cannabis est de facto ici. Mais cela peut être une alternative pour sortir ou ne pas devenir accro au cannabis.

Mais, encore une fois, il faut faire attention car on ne sait pas vraiment ce qu’on nous vend. Ce n’est pas une drogue.

Parce que nous n’avons pas pu avoir une vision neutre, objective et réaliste du cannabis en France jusqu’à présent, nous atteignons avec le cannabidiol une situation baroque où nous avons une partie de la plante qui est tolérée alors que la plante ne l’est pas. Du coup, on voit fleurir partout des boutiques promouvant la vente d’une composition végétale autoproclamée dont on ne sait pas tout et dont on ne peut même pas discuter.

Si on pouvait logiquement dépénaliser cette substance, je pense qu’on pourrait communiquer sur les bénéfices, les risques et comment réguler la vente de ces produits.

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Entretien avec Michaël Nicolas

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