Ikea discrimine-t-il les Français au profit des étrangers, comme le prétend Marin Le Pen ?


Sur les réseaux sociaux, des cadres d’extrême droite ont accusé le géant suédois de l’ameublement de discrimination, citant une offre d’éducation proposée par une entreprise partenaire œuvrant pour l’insertion professionnelle des réfugiés.






© Fourni par franceinfo


En quelques heures, le hashtag #IkeaDiscrimine s’est propagé sur Twitter dimanche 7 novembre avec le soutien d’élus du Rassemblement national, dont Marin Le Pen, et les partisans de l’extrême droite. Les tweets accusent le géant suédois du kit de meubles d’avoir réalisé un supposé discrimination à l’embauche en faveur des étrangers et donc au détriment des Français. Le litige porte sur une annonce d’offre d’enseignement.

L’annonce est proposée par la société Every One et concerne un « éducation payée » qui permet de devenir cariste et de sélectionner les commandes chez Ikea France. L’entreprise “Je recherche 15 personnes” et offre un “embauche” en CDD, qui peut être converti en CDI. Les postes seront pourvus dans l’entrepôt du groupe à Châtres (Seine-et-Marne). Parmi les conditions à remplir pour postuler à une telle formation, il est précisé que “Être réfugié ou bénéficiaire de la protection subsidiaire”. Alors les Français seraient-ils exclus de cette offre ?

L’attaque anti-discrimination contre Ikea a été lancée dimanche matin sur Twitter par Damien Rieu, une figure d’extrême droite devenue une spécialité de la polémique virale sur l’immigration ou l’islam en particulier. Cela divise une série de tweets catégoriques. « Chez Ikea France, on fait des distinctions claires avec les Français », les soutiens.

L’accusation est diffusée ce matin par des personnalités du RN, comme l’eurodéputé Philippe Olivier, dont Damien Rieu est l’assistant parlementaire ou son collègue eurodéputé Julie Lechanteux. Sénateur RN des Bouches-du-Rhône, Stéphane Ravier, interpelle la ministre du Travail, Elizabeth Bourne, demandant sa généralisation « Préférence nationale pour l’emploi ».

Le candidat du RN à la présidentielle Marin Le Pen a écrit sur Twitter dimanche après-midi. “Ikea discrimine les Français avec l’aide d’organismes spécialisés (Chacun, Wero…) et du gouvernement”, blâme. Celui qui a laissé la présidence du RN à Jordan Bardella pour faire campagne accuse un présumé “Le racisme d’État” “systémique” « Contre les Français », à laquelle il promet de mettre fin s’il est élu Président de la République.

La mobilisation de l’extrême droite contre Ikea se poursuit lundi matin, cette fois avec une action des conseillers régionaux RN d’Ile-de-France devant le magasin Ikea à Châtres.

“La publicité telle qu’elle est est maladroite, mal conçue et sujette à la critique, précise Audrey Pascal, avocate du travail au barreau de Limoges, contactée par franceinfo. “En voyant cette formation présentée comme un recrutement, on peut se demander si elle ne fait pas partie d’un processus de recrutement et s’il ne s’agit pas d’une offre d’emploi déguisée.”, promeut l’avocat.

Mais la formation proposée aux réfugiés demandeurs d’emploi par Every One vient en complément d’un recrutement classique par Ikea. Car le géant de l’ameublement propose sur son site internet une offre d’emploi pour le même poste de chauffeur, dans le même entrepôt en région parisienne, sans mentionner le critère du statut de réfugié ou de bénéficiaire de la protection subsidiaire, requis pour la formation. “On ne peut pas reprocher à Ikea une offre d’emploi biaisée, car son offre ne comprend pas ce critère.” La juge Camille Smadja, avocate au barreau de Paris spécialisée en droit social et du travail, avec franceinfo.

Autre objection soulevée par l’avocat : “L’offre de formation n’a pas été émise par Ikea, mais par Every One et il est précisé qu’elle vise à déboucher sur un recrutement”, mais sans le garantir. Conclusion: “L’offre d’emploi chez Ikea ne dépend pas directement de ce critère” état. “Il n’y a pas de discrimination”, conclut également Caroline Diard, enseignante-chercheur à Amiens Business School, spécialisée en droit de la gestion et des ressources humaines, a été sollicitée par franceinfo.

Interrogé par franceinfo, Ikea France le regrette “malentendu” en est né « offrir une formation d’un partenaire ». En utilisant les termes d’un court communiqué de presse publié sur Twitter lundi après-midi, l’équipe du mobilier « confirme que ses offres d’emploi sont ouvertes à tous ». La société ajoute que “plus de 1000 places” sont disponibles sur son site Internet. Il précise qu’il suggère “formation professionnelle”, « Donner accès à l’emploi aux plus vulnérables »qu’ils soient réfugiés ou non.

L’offre d’éducation à elle seule ne peut pas être considérée comme partiale, selon l’avocat Camille Smadja, telle que proposée par une entreprise dont le rôle est d’aider à l’insertion professionnelle des réfugiés et est destinée uniquement à ce public. Chacune est une « compagnie maritime », un statut créé par la loi Pacte en 2019. « L’objectif de chacun est de permettre aux étrangers de trouver un emploi pérenne correspondant à leurs compétences et de les accompagner pour les aider à trouver leur place en France., explique Théo Scubla, son cofondateur et président, à franceinfo, qui dénonce les allégations “malhonnête” sur la base des informations “partiel”. La société a également répondu aux critiques sur Twitter dimanche soir.

L’offre d’emploi Ikea est “Une offre d’emploi préexistante, confirme Théo Scubla. Il n’a pas été créé pour nous. Nous ne faisons qu’amener des candidats supplémentaires. » Le président de Chacun veille à ce que les demandes des travailleurs étrangers, si « faiblement qualifié ainsi que hautement qualifié », ne rivalisent pas avec la main-d’œuvre française. “Les réfugiés cherchent du travail comme tout le monde, répond. Ces payé au même taux. Nous sommes les garants”.

L’éducation payante n’est pas prise en charge par Ikea, garantit tout le monde. Dispensé par des formateurs de cette entreprise à vocation missionnelle et par des organismes de formation spécialisés. Le financement est assuré par les partenaires sociaux, dans le cadre de l’insertion professionnelle des demandeurs d’emploi. L’annonce précise également que Pôle emploi est partenaire, ainsi qu’Opcommerce, acteur de la formation professionnelle spécialisé dans les activités commerciales.

Sauf Ikea, tout le monde “Fonctionne avec une vingtaine de grandes entreprises et quelques entreprises de taille moyenne”, identifie Théo Scubla. L’entreprise avec une mission « a aidé environ 2 900 personnes à trouver du travail en six ans » et « a permis à près de 400 personnes de trouver un CDI, soit soit un CDD de plus de six mois, soit un CDI » dès le début de l’année. Le co-fondateur de Every One affirme que “Les étrangers qui trouvent du travail ne sont plus dépendants des aides de l’Etat”, “Vous n’aurez plus besoin de toucher au RSA” et « Va payer des impôts ».

Si l’extrême droite se plaint d’une prétendue discrimination à l’embauche à l’encontre de la France dans cette annonce, la discrimination visant les étrangers sur le marché du travail est bien réelle. Une étude publiée par l’Insee en 2014 a révélé que la discrimination à l’embauche à l’encontre des candidats issus de l’immigration était en moyenne de 40 %. Les « tests » ont été réalisés en Ile-de-France, répondant à des offres d’emploi publiées sur des sites spécialisés. L’expérience avait conclu que cette “L’inégalité de traitement (…) affecte[ait] toutes les demandes d’origine étrangère “. Une enquête Ifop auprès de plus de 4000 salariés français, présentée fin mai, confirme cette statistique. Parmi les personnes interrogées, 50 % des ressortissants étrangers déclarent avoir été discriminés dans leur recherche d’emploi et 41 % lors d’un entretien d’embauche, contre respectivement 21 % et 20 % pour les ressortissants nationaux.

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